Organisez des événements et les gens viendront

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Un compte-rendu de la semaine d’action « Melt the ICE » au Minnesota

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Du 25 février au 1er mars, les révolutionnaires en herbe des « Villes Jumelles » ont accueilli des centaines de personnes venues dans le Minnesota pour participer à la semaine d’action « Melt the Ice » (« Faire fondre l’ICE »). De nombreux événements ont eu lieu chaque jour, notamment des marches, des blocages, des manifestations bruyantes, des conférences et des formations. Ces actions et ateliers ont permis à la fois de renforcer la résistance contre les agents des services de l’immigration et des douanes (ICE) dans le Minnesota et d’enseigner aux militant·e·s de tout le pays comment exporter le modèle d’intervention rapide des « Villes Jumelles » vers leurs villes d’origine.

Dans ce compte-rendu, les organisatrices et organisateurs reviennent sur la semaine d’action et tirent des leçons pour l’ensemble du mouvement.

Le 27 février 2026.


Depuis trois mois, les habitant·e·s du Minnesota ont soutenu leurs ami·e·s, leur famille et leurs voisin·e·s qui se sont retranché·e·s chez elles et chez eux et qui ont dû faire face à la menace constante d’être kidnappé·e·s par des agents fédéraux. Nous avons été confronté·e·s quotidiennement à des gaz lacrymogènes, à des courses-poursuites en voiture à vive allure et à la menace d’une violence meurtrière. Dans le même temps, nous avons assisté à une avalanche vertigineuse d’analyses sur les raisons pour lesquelles notre résistance était si forte et si solide. Jusqu’à où cette situation pourrait-elle nous mener ?

Pourtant, moins de deux semaines après le meurtre d’Alex Pretti, nous avons commencé à perdre de notre élan. Le tollé international qui a suivi la mort de Pretti a contraint le régime Trump à faire des concessions, à changer de tactique dans le Minnesota et à licencier Greg Bovino, le soi-disant « commandant en chef » des douanes et de la protection des frontières étatsuniennes et la figure publique de l’opération Metro Surge. Ces concessions visaient à couper l’herbe sous le pied de la résistance, et dans une certaine mesure, la stratégie a fonctionné.

Le 27 février 2026.

Cela n’a été possible que parce que notre mouvement n’avait pas d’horizon politique au-delà du slogan « ICE out » (« ICE, dégage »). Alors que la solidarité et le militantisme quotidiens s’étaient développés autour des objectifs communs de vaincre l’ICE et de soutenir nos voisines et voisins, il y avait moins d’élan autour des revendications visant à libérer ces mêmes voisines et voisins des camps de concentration où iels sont actuellement détenu·e·s.

L’un·e de nos camarades a eu l’idée d’organiser une semaine d’action afin de partager les tactiques qui se trouvent au cœur de notre mouvement de résistance et de continuer à construire la lutte révolutionnaire. Cela nous a immédiatement semblé logique. Depuis le meurtre de Renee Good, nos camarades à travers le pays nous faisaient part de leur souhait de venir ici pour se joindre à nous. Et nous étions loin d’être prêtes et prêts à laisser passer le potentiel révolutionnaire d’un tel événement dans les « Villes Jumelles ».

Le 1er mars 2026.

Ce que nous espérions faire

En tant que révolutionnaires en herbe vivant dans les « Villes Jumelles », à la fin du mois de février 2026, nous étions tiraillé·e·s entre des perceptions contradictoires de la réalité. D’un certain point de vue, nous avions triomphé : nous avions chassé une force paramilitaire fasciste déterminée à kidnapper des personnes innocentes. Aux côtés de nos voisines et voisins, nous avions démontré que nous ne tolérions pas l’autoritarisme dans nos villes. D’un autre point de vue, nous n’avions pas du tout l’impression d’avoir gagné. Des milliers d’habitantes et d’habitants du Minnesota avaient été capturé·e·s, au moins trois étaient mort·e·s aux mains de l’ICE, et la plupart des personnes enlevées étaient retenues dans des camps de concentration à travers tout le pays, attendant un sort incertain dans des conditions horribles. Certes, nous avions déjoué de nombreux enlèvements mais nous en étions encore témoins aujourd’hui.

À l’exception de la rébellion qui a éclaté dans le nord de Minneapolis après que l’ICE ait tiré sur Julio Sosa-Celis le 14 janvier, et des zones autonomes que les gens ont brièvement établies autour des lieux où Renee Good et Alex Pretti ont été assassinés, nous avions vu peu de cas de confrontation prolongée avec l’État. Même la journée de mobilisation massive « No Work, No School, No Shopping » (« Pas de travail, pas d’école, pas de shopping ») – que les représentants syndicaux, liés par la loi, ne pouvaient même pas qualifier de « grève » –, ne nous a guère rapproché·e·s d’un conflit direct avec l’ICE et ses collaborateurs. Malgré la participation historique de plus de 300 000 personnes, la logique et la puissance d’une grève générale étaient tellement obscurcies que, lorsque certains groupes ont fait pression pour organiser une nouvelle grève le 30 janvier, – une semaine après la première –, les volontaires à qui l’ont avait demandé de faire passer le mot auprès des petites entreprises ont rapporté : « Iels ne veulent pas fermer à nouveau à cause de la perte de bénéfices, y a-t-il un moyen de leur offrir un soutien financier ? »

Le 1er mars 2026.

Les questions nous assaillaient : comment pouvions-nous faire évoluer ce mouvement vers une lutte révolutionnaire, affiner notre analyse et veiller à ce que cette situation qui accaparait notre quotidien ne se solde pas par un épuisement général dans toute la ville ?

Nos expériences passées nous avaient appris le potentiel qu’il y a à rassembler des personnes venues de tout le pays pour construire une résistance. Parmi celles-ci figuraient les appels massifs à l’action pour stopper la construction de Cop City, la mobilisation « Treaty People Gathering » dans le nord du Minnesota lors de la construction de l’oléoduc Line 3, ainsi que l’héritage des actions de « summit-hopping » au début des années 2000. Les liens que nous avons tissés lors de ces mobilisations ont façonné nos mouvements. C’est de là que sont nées bon nombre de nos amitiés les plus chères.

Nous avons décidé de retenter notre chance. Nous espérions que, si nous parvenions à mobiliser suffisamment de monde et d’énergie, la prochaine fois que l’ICE planifierait une opération de grande envergure n’importe où dans le pays, cette même convergence pourrait avoir lieu à nouveau.

Donc oui, si l’ICE débarque dans votre ville, nous viendrons leur mettre la pression avec vous.

Le 28 février 2026.

Alors que nous diffusions l’idée de planifier cette semaine d’action, des organisatrices et organisateurs locaux se sont montré·e·s enthousiastes malgré la fatigue accumulée au fil du temps. Les premières discussions ont confirmé que cet événement rassemblerait toutes les tendances. Des militant·e·s et des organisations de tout l’État ont adhéré à nos objectifs à long terme : l’abolition de l’ICE, du Département de la Sécurité intérieure, de la police et des prisons. Cette unité trouve son origine dans les soulèvements liés au meurtre de George Floyd, aux cours desquels l’abolition de la police est devenue une valeur dominante dans le Minnesota. Aujourd’hui, même les organisations à but non lucratif peuvent être incitées à adhérer à l’objectif de l’abolition.

Cette exigence a certes rebuté certains groupes, qui n’ont pas adhéré à notre initiative. Mais nous avions largement assez de collaboratrices et de collaborateurs. L’une des erreurs de l’administration Trump a été de nous donner un objectif sur lequel nous pouvons travailler ensemble.

Alors que la semaine d’action commençait à prendre forme, nous savions que nous voulions mettre l’accent sur les tactiques qui, selon nous, sont les plus susceptibles de continuer à éroder le pouvoir de l’État. La plus importante d’entre elles est celle des réseaux d’intervention rapide, réseaux qui ont joué un rôle central dans le fait de déjouer des opérations de l’ICE. Nous voulions mobiliser le plus grand nombre possible de personnes dans la rue pour mettre en pratique les techniques d’intervention rapide, à la fois pour permettre aux nouvelles et nouveaux venu·e·s de s’exercer sur le terrain et pour renforcer les effectifs dans la rue pendant ce que les autorités présentaient comme étant les derniers jours de l’occupation. C’est cette partie du mouvement qui amène les gens vers un affrontement direct avec l’ICE et l’État.

Une réunion le 26 février 2026.

Nous avons également conçu cette semaine d’action comme un moyen d’attirer l’attention sur les « cibles secondaires », à savoir les entreprises et les instances gouvernementales qui collaborent avec l’ICE et soutiennent la machine à expulser.

Le système du logement prédateur constitue un exemple de cible secondaire. Nous savions qu’à partir de la première semaine de mars, de nombreuses personnes vulnérables qui n’avaient pas pu travailler pendant l’opération Metro Surge commenceraient à faire face à des expulsions. Les organisatrices et organisateurs de groupes de locataires locaux avaient commencé à réclamer un moratoire sur les expulsions dès le mois de janvier dernier. En février, iels ont lancé un appel à la grève des loyers pour défendre les familles menacées d’expulsion. Il s’agissait d’une forme de solidarité concrète avec nos voisines et voisins sans papiers et d’une initiative visant à exercer un pouvoir économique sans précédent aux États-Unis depuis des décennies.

De même, nous avons voulu exercer une pression économique sur diverses autres entités qui facilitent les opérations fédérales, notamment Hilton et plusieurs autres chaînes hôtelières sous contrat avec l’ICE, des entreprises comme Enterprise Rent-a-Car qui leur fournissent des véhicules, et des sociétés comme Target et Home Depot qui leur permettent de s’installer sur leurs sites au détriment d’employé·e·s vulnérables. Nous avons également appelé les gens à s’organiser pour rendre leurs lieux de travail aussi hostiles et réfractaires à l’ICE que possible. Les infirmières et infirmiers et autres personnels hospitaliers ont mené la charge dans ce domaine, en particulier dans les établissements qui avaient subi des attaques de l’ICE, comme le Hennepin County Medical Center.

En prévision de cette semaine d‘action, nous avons mis en place des groupes de travail et lancé un site Internet. L’opération Metro Surge a fait l’objet d’une couverture médiatique massive : un flot incessant de contenus inondait les réseaux sociaux, les journaux télévisés locaux étaient dominés par divers reportages sur le sujet, et les médias nationaux et internationaux y consacraient quotidiennement des articles. Nous avons créé des supports destinés à attirer l’attention au milieu de ce déluge d’informations, nous avons inondé les canaux de nos réseaux existants et avons attendu les réponses.

Un entrainement de patrouille à vélo le 26 février 2026.

L’idée de cette semaine d’action avait germé dans les derniers jours de janvier ; les groupes de travail ne se sont réunis qu’au cours de la deuxième semaine de février. Lorsque notre formulaire d’inscription a été mis en ligne, il ne restait plus que deux semaines avant la première de l’événement. Ce calendrier très serré est à l’origine de nombreuses lacunes dans notre initiative. Si nous avions commencé quelques jours plus tard, il aurait peut-être été tout simplement impossible d’organiser une semaine d’action.

L’une des conséquences de ce délai très court a été que cette semaine d’action a attiré des participant·e·s qui avaient fait le choix de s’engager et qui étaient en mesure de quitter leur domicile pour plusieurs jours au pied levé, sans bénéficier d’aucune aide financière pour le transport. Bien que nous ayons pu organiser des repas collectifs tous les jours du 24 février au 1er mars, et que nous soyons profondément reconnaissant·e·s envers les habitantes et habitants qui ont ouvert leur foyer à des inconnu·e·s pour que nous puissions héberger tou·te·s celles et ceux qui en faisaient la demande, cet événement est resté principalement accessible à des personnes blanches issues de la classe moyenne.

Une réunion dans une église le 26 février 2026.

Nous avons apprécié les remarques d’un·e participant·e qui a souligné une dynamique connexe : nos événements ne prévoyaient pas d’espace dédié aux immigrant·e·s et aux personnes de couleur. Le sentiment d’appartenance à une communauté et les liens sociaux sont des éléments qui permettent aux gens de rester ancrés dans les mouvements. Nous aurions pu faire davantage pour développer un sentiment collectif d’appartenance.

Nous n’attribuons pas ces problèmes uniquement à des délais serrés. Ce phénomène est au cœur même de la dynamique du mouvement et soulève une question complexe : comment construire un mouvement interracial et interculturel ? Les cultures des militant·e·s blanches et blancs, de la classe moyenne et des responsables de quartier, qui s’expriment dans les canaux des réseaux d’intervention rapide, coexistent dans une profonde séparation par rapport à leurs homologues de couleur, qui s’organisent avec acharnement pour défendre leurs propres communautés. Les raisons de cette séparation sont nombreuses. Beaucoup de nos voisines et voisins de couleur sont si vulnérables qu’iels restent confiné·e·s chez elleux. Beaucoup d’autres sont immobilisées par la pauvreté ou ne font pas confiance aux organisatrices et organisateurs blanches et blancs qui viennent vers elleux avec des programmes tout prêts. Jusqu’à présent, notre incapacité à construire un mouvement véritablement multiracial continue d’entraver notre efficacité. Le soi-disant « retrait » a révélé la nature de ce mouvement : l’ICE est toujours actif, mais comme ses agents ne sont plus aussi visibles dans les rues où ils seraient directement observés par des personnes blanches, la participation à la résistance a diminué.

Comment pouvons-nous faire avancer ce mouvement, élargir son champ d’action et aller au-delà de la modération ?

Une création artistique le 26 février 2026.

La semaine d’action

L’éducation politique est essentielle pour renforcer la force, le militantisme et l’analyse collective de nos mouvements. Dans le cadre de la semaine d’action, nous avons organisé plusieurs dizaines de sessions de formation mercredi, jeudi et vendredi. Celles-ci comprenaient des tutoriels sur la mise en place de réseaux d’intervention rapide, des ateliers de partage des compétences sur les premiers soins rudimentaires à apporter en cas d’attaque aux armes chimiques, une discussion sur l’impact du soulèvement de 2020 lié à la mort de George Floyd, des présentations par des enseignant·e·s et des parents sur les patrouilles scolaires et les réseaux d’entraide en milieu scolaire, une table ronde sur la résistance à l’ICE dans d’autres villes, et bien plus encore.

Lors de la préparation de ces sessions, nous avons mis l’accent sur les principes de l’éducation populaire : laisser la place à la participation, favoriser les discussions émanant des participant·e·s et enseigner à travers les contradictions. Nous l’avons fait autant dans l’intérêt des animatrices et animateurs que dans celui des participant·e·s. Nous savions qu’une réflexion active sur nos méthodes à travers l’enseignement nous apporterait autant qu’à celles et ceux qui étaient venu·e·s pour apprendre.

À notre grande surprise, de nombreuses personnes ont proposé spontanément d’animer des ateliers, sans qu’on leur demande. Plus la date de l’événement approchait, plus les idées fusaient sur les thèmes à aborder et la manière de le faire. Les responsables des lieux de mémoire dédiés aux endroits où George Floyd, Renee Good et Alex Pretti ont été assassinés ont proposé d’animer un atelier. Pour chaque atelier d’éducation politique que nous avons proposé, il y en avait des dizaines d’autres que nous aurions voulu proposer, et des milliers de personnes supplémentaires que nous aurions souhaité voir y assister.

Un autre élément central de cette semaine d’action consistait à inviter les participantes et participants à rejoindre les réseaux locaux d’intervention rapide. Après avoir assisté à des sessions expliquant en détail le fonctionnement des systèmes d’intervention rapide et les meilleurs pratiques pour faire face à l’ICE, nous avons proposé aux participant·e·s de choisir entre des patrouilles en voiture et des patrouilles à pied. Les responsables locaux des réseaux d’intervention rapide, qui fonctionnent sur une base géographique, ont mis en place des systèmes permettant d’intégrer des centaines de personnes venues d’autres villes. Des patrouilleuses et patrouilleurs de différents quartiers ont formé plus d’une centaine de participant·e·s. Nous les avons accompagné·e·s lors de patrouilles « ridealongs » dans nos quartiers en suivant des itinéraires de patrouille habituels, nous avons organisé des sessions de patrouille à pied et à vélo, et avons géré la répartition des appels Signal pour les personnes qui suivaient les véhicules de l’ICE à leur sortie du bâtiment fédéral Whipple.

Tout au long de la semaine, de nombreuses et nombreux participant·e·s ont exprimé leur crainte que les systèmes locaux d’intervention rapide ne soient propres qu’au contexte des « Villes Jumelles » et donc difficiles à reproduire ailleurs. Malgré ces réserves, iels ont commencé à réfléchir avec créativité à la manière dont iels pourraient adapter les structures d’intervention rapide pour tenir compte des différences démographiques et de la taille relative de leurs villes. Très peu d’interventions de l’ICE ont été signalées cette semaine-là à Minneapolis et à Saint Paul mêmes, mais des signalements de leurs activités ont été reçus en provenance des banlieues, des zones périurbaines et des zones rurales du Minnesota.

Certain·e·s camarades émettent l’hypothèse que les opérations de l’ICE se sont détournées de la région métropolitaine des « Villes Jumelles » en raison de l’action militante menée ici. Les zones périurbaines et rurales posent des défis géographiques et politiques différents aux équipes d’intervention rapide, mais il serait erroné de dire qu’elles ne sont pas organisées. Les quartiers de la région métropolitaine s’associent de plus en plus aux zones périurbaines et rurales pour renforcer leurs capacités d’action et leur coordination. Les participant·e·s venu·e·s d’autres villes ont trouvé cela inspirant pour réfléchir à des moyens de mettre en place des réseaux d’intervention rapide dans leur propre contexte.

Un lieu de réunion le 26 février 2026.

Le déclin de l’opération Metro Surge soulève une question : quel sera l’avenir de ces structures d’intervention rapide ?

Parallèlement à la sensibilisation politique et aux patrouilles, les organisatrices et organisateurs ont mené diverses actions contre l’ICE dans la région des « Villes Jumelles ». Dans nos rêves les plus fous, cette semaine aurait donné lieu à tant d’actions dans les villes que la police n’aurait pas pu suivre le rythme. Les objectifs étaient de faire pression sur l’ICE et ceux qui travaillent avec l’agence fédérale, de sensibiliser le public aux cibles secondaires (hôtels, sociétés de location de voitures, prisons de comté enfermant des personnes arrêtées par l’ICE) et d’agir contre elles, de perturber la logistique opérationnelle de l’ICE et de proposer des moyens reproductibles permettant à un large éventail de personnes et d’organisations de se joindre au mouvement.

Nos actions ont été organisées par diverses organisations. Certaines actions étaient un peu moins conflictuelles, comme par exemple celle d’un rassemblement organisé devant le Capitole de l’État ou le « micro ouvert » organisé devant le bâtiment fédéral Whipple. Le vendredi 27 février, une « Marche contre les collaborateurs de l’ICE » a sillonné le centre-ville, s’arrêtant devant diverses cibles commerciales, notamment le siège social de Target, Hilton, Enterprise, CBS News et une entreprise de construction appelée United Properties, sans oublier la prison du comté de Hennepin. Les manifestant·e·s ont recouvert les rues de slogans à la craie et ont conclu leur action en lançant des boules de neige sur des effigies du maire Jacob Frey et du « tsar des frontières » Tom Homan.

Le 27 février 2026.

Toujours le 27 février, des centaines d’étudiantes et d’étudiants locaux ont organisé une grève et un sit-in au niveau de la rotonde du Capitole de l’État. Les étudiant·e·s étaient accompagné·e·s des danseuses et danseurs de Kalpulli Yaocenoxtli, un groupe Mexica-Nahua. Le même jour, plusieurs manifestant·e·s ont été inculpé·e·s pour des faits liés à la perturbation présumée d’un office religieux dans une église dirigée par un pasteur qui collaborait avec l’ICE. Ayant appris la nouvelle par les canaux de communication des réseaux d’intervention rapide, les étudiant·e·s qui avaient participé à la manifestation sont monté·e·s dans leur bus et se sont rendu·e·s directement du Capitole au tribunal fédéral.

La manifestation dans les « Villes Jumelles » contre les collaborateurs de l’ICE du 27 février 2026.

Le samedi 28 février, des quartiers ont organisé des fêtes de rues pour renforcer les liens communautaires, passer du temps ensemble et empêcher l’ICE de s’introduire dans les rues. Une coopérative locale de garde d’enfants a organisé un défilé pour les enfants et les familles. Des groupes affinitaires ont organisé des manifestations nocturnes autonomes et bruyantes devant les hôtels où logent les agents de l’ICE. Les participant·e·s à l’une de ces manifestations se sont ensuite rendu·e·s au domicile de certains responsables du DHS (« Department of Homeland Security », le Département de la Sécurité intérieure).

Nous avons invité de nombreuses organisations officielles à nous aider à organiser ces actions : Indigenous Roots, Sunrise Movement, Unidos, 50501, Democratic Socialists of America, Veterans for Peace, Black Cat Workers Collective, et bien d’autres encore. Bien que nous restions critiques à l’égard des organisations à but non lucratif défendant le complexe industriel et les politiques progressistes, toutes ces organisations ont adhéré à la ligne abolitionniste visant à abolir l’ICE, le Département de la Sécurité intérieure, la police et les prisons. Nous visons à résister au sectarisme de gauche et à travailler au-delà des clivages politiques partout où cela est possible. Ces organisations n’ont pas nécessairement organisé les actions que nous aurions menées, mais elles ont collaboré avec nous lors des réunions du comité de coordination et ont proposé aux gens différentes options pour participer à toute une gamme d’activités.

Le 28 février 2026.

Samedi, une manifestation a également eu lieu devant la prison du comté de Sherburne. Dans le Minnesota, l’ICE s’est associé à plusieurs prisons de comté pour pouvoir y incarcérer les immigrant·e·s placé·e·s en détention. Sherburne héberge actuellement de nombreuses personnes sans papiers victimes d’enlèvements, ainsi que des prisonnières et prisonniers issu·e·s du soulèvement en lien avec la mort de George Floyd en 2020. Nous avons apporté des œuvres d’art et une enceinte sur le parking de la prison de Sherburne, tandis qu’un DJ diffusait à plein volume de la musique contestataire. Nous avons dansé pour nous réchauffer. Nous avons scandé « Fuck ICE » (« Nique l’ICE ») et « We love you » (« Nous vous aimons ») dans l’espoir que nos sœurs et frères emprisonné·e·s puissent nous entendre de l’intérieur. Avec des centaines de manifestant·e·s supplémentaires, nous pourrions espérer finir par bloquer l’entrée et ralentir concrètement le fonctionnement de la prison ; pour l’instant, nous rappelons à nos proches incarcéré·e·s que nous ne les avons pas oublié·e·s.

Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.

Le dimanche 1er mars, nous avons défilé jusqu’au bâtiment fédéral de Whipple pour réclamer la libération de nos voisines et voisins en détention et la restitution des terres autochtones spoliées. Nous avons défilé dans les rues situées juste au sud de Whipple, mais nous avons été repoussé·e·s par une ligne de policiers antiémeutes alors que nous tentions de bloquer l’entrée sud du bâtiment fédéral. Des altercations sporadiques avec des shérifs et d’autres agents ont dégénéré en affrontements. Au milieu de ces derniers, les Kalpulli Yaocenoxtli sont arrivé·e·s pour danser et prier. Les agents ont alors déclaré le rassemblement comme étant illégal et ont fait irruption dans la soi-disant « zone de manifestation », arrêtant 29 personnes.

Les danseuses et danseurs Kalpulli Yaocenoxtli, le 1er mars 2026.

Au moment même où ce cortège arrivait du côté sud-est de Whipple, une action autonome de moindre envergure a bloqué la route du côté nord-ouest du bâtiment à l’aide de boucliers et de banderoles renforcées. Les shérifs ont utilisé des armes chimiques et arrêté 11 personnes supplémentaires, portant le nombre total d’arrestations pour la journée à 40. Aucun véhicule de l’ICE n’a pu entrer ni sortir du bâtiment pendant plus de deux heures, même après que les manifestant·e·s aient été dispersé·e·s des deux côtés.

Le 1er mars 2026.

Au fil des sessions de formation politique, des ateliers sur les réseaux d’intervention rapides et des manifestations, nous avons pu constater une grande fatigue chez les organisatrices et organisateurs locaux. La participation des habitant·e·s a été moins importante que prévu, ce qui n’est guère surprenant compte tenu de l’épuisement de la base militante. Néanmoins, au cours de la semaine, nous avons été des milliers à mener diverses actions offensives contre l’ICE. Nous avons augmenté la pression sur des cibles déjà sous le feu des critiques ; nous avons mis en lumière des entreprises contre lesquelles nous continuerons à militer. Nous savons que notre mobilisation et notre action doivent se poursuivre à l’échelle nationale.

Vous pouvez apporter votre aide. Vous pouvez perturber les cibles principales et secondaires de l’ICE dans votre région, qu’il s’agisse de centres de détention, d’hôtels Hilton, d’agences Enterprise, de magasins Target ou d’autres entreprises qui collaborent avec l’ICE.

Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.

Qu’est-ce que cette semaine d’action nous a appris sur la manière dont nous pouvons mener la lutte révolutionnaire à l’heure actuelle ?

Notre réseau regroupe des approches nombreuses et variées en matière d’organisation révolutionnaire. Nous cherchons à tirer le meilleur de chacune de ces tendances, à les concilier et à tenter de résoudre les contradictions qui en découlent. La semaine d’action a constitué une tentative pour aborder ces contradictions. De nombreux groupes communistes et anarchistes qui se sont mobilisés ici ont fait venir leurs camarades de tout le pays.

Dans le contexte des « Villes Jumelles », une tendance politique est plus profondément et largement ancrée dans les communautés pauvres et ouvrières que ne le sont les communistes ou les anarchistes, il s’agit des organisations à but non lucratif progressistes et des syndicats. Dans le meilleur des cas, ces organisations peuvent offrir une certaine forme de pouvoir politique à certain·e·s des membres les plus opprimé·e·s de la classe ouvrière. Leur principal inconvénient est qu’elles ne peuvent résister à l’inertie du complexe industriel à but non lucratif, car elles sont redevables à leurs bailleurs de fonds milliardaires et soumises aux limites de la loi. Par conséquent, elles parviennent rarement à surmonter la bureaucratie ou à s’engager dans une véritable résistance militante contre la classe dirigeante.

La semaine d’action a constitué une tentative de collaboration entre les groupes mentionnés ci-dessus — non pas en raison d’une convergence politique à long terme, mais par nécessité pratique. La création d’un mouvement révolutionnaire exigera une coordination entre toutes ces tendances.

La célébration multiculturelle a constitué un autre élément marquant de cette semaine d’action. Pour venir à bout de l’empire étatsunien, nous aurons besoin d’un mouvement de résistance accueillant et au charme irrésistible. Ensemble, nous avons dégusté des sambusas somaliennes, dansé sur la musique chicano de Las Cafeteras, découvert la puissance de la danse « Indigenous Roots », participé à des cérémonies traditionnelles Dakota et clôturé la semaine par une rave. Nous ne citons pas ces expériences pour mettre en avant le multiculturalisme en soi, mais pour les identifier comme certains des moments les plus euphoriques et les plus importants de la semaine d’action.

Manifestation devant le centre de détention de l’ICE et la prison du comté de Sherburne, le 28 février 2026.

Il est essentiel d’intégrer les pratiques culturelles profondément enracinées dans notre lutte. Les militant·e·s aux États-Unis doivent s’inspirer de leurs camarades révolutionnaires du Sud. Il ne suffit pas que les personnes blanches manifestent simplement en faveur de leurs voisines et voisins sans papiers : nous devons tisser des liens profonds, durables et politisés qui transcendent les frontières culturelles.

Si toutes les personnes ayant déjà participé à une patrouille d’intervention rapide signaient la déclaration de grève du Syndicat des locataires des « Villes Jumelles », nous dépasserions l’objectif de 10 000 participant·e·s et nous pourrions exercer une réelle pression sur la classe dirigeante. De même, si toutes les personnes qui travaillent aux côtés d’un·e immigrant·e étaient prêtes à manifester auprès de leur patron pour elleux et avec elleux, notre mouvement gagnerait en puissance.

Nous devons approfondir et aiguiser notre analyse de la situation actuelle aux côtés de nos voisines et voisins, ainsi que de nos collègues. Pour y parvenir, nous pouvons notamment continuer à organiser régulièrement des séances d’éducation politique afin de prendre conscience et de réfléchir à ce que les habitant·e·s du Minnesota ont accompli au cours des trois derniers mois, ainsi qu’à ce que nous pouvons accomplir ensemble à l’avenir. Sans une réflexion collective et délibérée, nous risquons de ne pas pouvoir progresser.

L’opération Metro Surge est toujours en cours. En effet, nous avons constaté une reprise de l’activité de l’ICE depuis la semaine d’action. Alors que les agents fédéraux se tournent vers des méthodes plus discrètes, la résistance doit continuer à s’adapter et à se renforcer. Nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont contribué à cette semaine d’action ainsi que tou·te·s celles et ceux qui y ont participé. Nous invitons à la critique tout en saluant la volonté, le savoir-faire et la détermination qui nous ont réunis.

Dans le grand soulèvement populaire contre l’ICE, la semaine d’action n’était qu’un élément parmi tant d’autres. Tout grand mouvement historique se compose d’une multitude de petits éléments.

Tout le pouvoir au peuple.

Le 26 février 2026.