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title: Merry Crisis and Happy New Fear
subtitle: Répression et Résistance en Grèce, décembre 2019
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Poursuivant notre [couverture de la lutte en Grèce](https://crimethinc.com/2019/11/23/nouvelle-democratie-le-nouveau-visage-de-la-violence-etatique-en-grece) entre le nouveau gouvernement répressif de Nouvelle Démocratie et le  mouvement anarchiste historique, nous présentons le rapport suivant, en  nous appuyant sur des témoignages de mobilisations de rue et de défense  de plusieurs squats. L’Etat grec continue mettre tout son poids dans un  assaut contre les réfugiés, les anarchistes et les mouvements étudiants, encourageant la brutalité policière aveugle contre les êtres humains et leurs compagnons animaux tout en cherchant à disculper les meurtriers  de droite, dont les membres du parti néo-nazi Aube Dorée pourtant  accusés de conspiration dans le meurtre de Pavlos Fyssas et le policier  qui a assassiné, il y a 11 ans ce mois-ci, l’anarchiste Alexis  Grigoropoulos, âgé de 15 ans.

Nous espérons inspirer des actions de solidarité internationale avec  le mouvement en Grèce et équiper les lecteurs pour l’action et l’analyse dans d’autres contextes, à une époque où la violence d’État et la  résistance de masse s’intensifient dans le monde entier. La lutte se  poursuit.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/8.jpg Un policier aspergé de peinture lors de l’expulsion des squats à Koukaki.]]

***

# Une mise à jour d’un combat en cours

Ce mois-ci, l’expulsion de trois espaces squattés inspirants dans la  région de Koukaki à Athènes m’a poussé à composer cette mise à jour  urgente. J’ai pour objectif de maintenir la lutte en Grèce en vie dans  le discours international - non seulement dans les discussions mais  aussi dans les actions entreprises pour faire preuve de solidarité  internationale - afin de rappeler à l’État grec que le fondement et  l’esprit de notre lutte va au-delà de ses frontières et de maintenir cet esprit fort et chaleureux en ces temps si odieux et froids.

Beaucoup de choses se sont passées depuis la dernière mise à jour ;  je ferai de mon mieux pour les mentionner. Toutefois, je voudrais  commencer par l’expulsion de Koukaki.

# L’expulsion des squats de Koukaki

A l’aube du 18 décembre, des dizaines de policiers de différentes  brigades ont attaqué les trois squats du quartier de Koukaki, utilisant  des armes telles que des grenades assourdissantes et des balles en  caoutchouc. Ces trois occupations - 45 rue Matrouzou, 21 avenue  Panetoliou, et Arvalis 3 - étaient des espaces bien connus et très  appréciés qui contribuaient à préserver une présence anarchiste dans  l’un des quartiers les plus chers et les plus rapidement embourgeoisés  d’Athènes. Si certains propriétaires du quartier considéraient ces  espaces comme menaçants, de nombreux habitants de Koukaki les  appréciaient pour l’organisation de projets de distribution gratuite de  vêtements et de nourriture et pour avoir maintenu une voix significative contre Airbnb et les tentatives capitalistes similaires.

Situé tout près de l’Acropole, avec une population à prédominance de  classe moyenne supérieure, Koukaki a été l’un des quartiers les plus  touchés par Airbnb. Les squats expulsés représentent des opportunités  immédiates dans la spéculation immobilière ; cela a peut-être contribué à faire de leur expulsion une des priorités de l’Etat.

La police a envahi les deux plus petits squats (21 avenue Panetoliou  et Arvalis 3) suite à un court mais courageux effort de défense qui  s’est soldé par quatre arrestations à Panetoliou et deux arrestations à  Arvalis. Les personnes arrêtées ont ensuite été libérées en attente de  leur procès pour dommages matériels, désobéissance, résistance à  l’arrestation et agression sur un officier ; en outre, la police tente  d’utiliser les mêmes lois généralement appliquées à la possession  d’armes à feu pour poursuivre les personnes arrêtées après avoir trouvé  des couteaux de cuisine ordinaires, des morceaux de cailloux et une  arbalète sur les lieux.

Une des personnes arrêtées a été atteinte par une balle de plastique  tirée à bout portant et a dû se rendre à l’hôpital à deux reprises  pendant son incarcération. Malgré cela, les personnes arrêtées restent  résistantes. De l’intérieur des cellules de la principale prison  préventive d’Athènes, ils ont réussi à envoyer la déclaration suivante :

> Aujourd’hui, 18 décembre, l’État et son armée ont attaqué notre  communauté, expulsant nos trois maisons. Des foules d’ordures d’EKAM, de Delta et de MAT ont aidé à l’expulsion de nos maisons. Nous avons été  frappés par un éclair et notre compagnon a été touché par une balle en  plastique à bout portant. Au même moment, des voisins du M45 ont été  battus et torturés parce qu’ils refusaient de laisser entrer les flics,  car il n’y avait pas de procureur. Au moment de la rédaction de ce  texte, nous ne savons pas où et comment se trouvent nos compagnons du  M45. Ceci s’inscrit dans le cadre d’une campagne plus large visant à  agresser tous ceux qui résistent au pouvoir et se battent pour la  liberté. C’est un moment où l’Etat étend ses tentacules répressifs  contre les squats afin de répondre aux besoins des touristes, de  remplacer les maisons permanentes par des Airbnb, et de poursuivre une  violente campagne d’embourgeoisement. Nous ne reconnaissons pas la  notion de propriété et de possession que l’Etat protège. Nous avons  utilisé ces bâtiments vides pour encourager une communauté de désirs  révolutionnaires, de beauté et de rejet du capitalisme.
>
> Solidarité avec les squats !
>  Nous nous étendrons sur tout le territoire !
>  Pouvoir à tout.e.s celles et ceux qui résistent à la violence d’Etat !
>
> La répression ne nous fait pas peur, elle nous persuade de continuer  notre lutte pour un monde de solidarité, d’égalité et  d’auto-organisation.

(Pour rappel, la police Delta est destinée à tabasser les  manifestants au corps à corps ; la police MAT est une brigade  anti-émeute ; l’EKAM est le GIGN grec et le service de police le plus "*organisé*").

Tout près, au 45 de la rue Matrouzou, une grande bataille a eu lieu  au cours de laquelle les gens ont tenu tête à l’Etat pendant une heure.  Les flics étaient couverts de peinture et faisaient face à une tempête  de grêle de débris tout en étant aveuglés par la fumée des extincteurs.  La police assimile les mesures de protection prises par les personnes à  l’intérieur du squat pour se défendre à des attentats contre la vie des  officiers qui ont attaqué leur maison. Ces mesures comprenaient des [portes et des fenêtres renforcées](https://www.eleftherostypos.gr/wp-content/uploads/2019/12/koukaki-500.jpg) et d’autres [mécanismes de sécurité typiques](https://www.zougla.gr/greece/article/kare---kare-osa-vrike-i-elas-stin-katalipsi-sto-koukaki-ti-sinevi-stin-taratsa). Toute personne sensée reconnaîtra ces mesures comme de la simple autodéfense.

Étonnamment, tous les occupants du Matrouzou ont réussi à s’échapper  après cette bataille, malgré toutes les forces et les ressources que  l’État avait mobilisées contre eux. Embarrassés par cela, les  envahisseurs ont puni les voisins immédiats.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/9.jpg Les conséquences de l’expulsion des squats à Koukaki.]]

Dans l’espoir de capturer les squatters échappés, les officiers ont  frappé à la porte d’un voisin, s’attendant à être les bienvenus. La mère de famille a exigé qu’ils présentent un mandat pour entrer ; comme elle le demandait, elle a entendu d’autres agents entrer illégalement par  son balcon et son toit. Lorsqu’elle et son mari ont demandé encore une  fois un mandat, la police a tabassé son mari et leurs deux fils, les ont menottés, leur ont mis des sacs noirs sur la tête et les ont détenus  dans le froid sur leur toit. Bien que la police n’ait pas présenté de  mandat, elle a affirmé l’avoir fait sous la supervision du procureur  chargé des perquisitions. Les fils et le père de la famille ont été  arrêtés en même temps que les squatters des deux autres occupations.

La police a justifié la brutalité qu’elle a infligée à la famille en  disant que les membres de la famille aidaient les squatters à  s’échapper. Pourtant, en fouillant leur maison, la police n’a trouvé  aucune preuve à l’appui de cette affirmation. S’agrippant à des pailles, les représentants de l’Etat affirment qu’ils vont tester l’ADN trouvé à l’intérieur du squat et celui des membres de la famille qu’ils ont  arrêtés pour prouver qu’il y avait un lien. Une déclaration anonyme de  Matrouzou à la suite du raid affirme que cette famille ne les a pas  aidés de quelque façon que ce soit. Le père qui a été arrêté se trouve  être un réalisateur de premier plan qui a reçu beaucoup d’attention de  la part des médias. Il a manifesté son mépris pour la police, mais sa  distance par rapport au mouvement anarchiste est également évidente.

La famille n’a aucun lien formel avec le squat, bien qu’elle ait été  témoin de la brutalité des expulsions précédentes, puisque le squat a  également été expulsé en 2018 - sous le régime de Syriza - pour être  réoccupé peu de temps après. Au vu de ce qu’ils avaient déjà vu la  police faire, il n’est pas surprenant que la famille ne se sente pas à  l’aise pour autoriser des policiers à entrer chez eux s’ils n’y sont pas légalement obligés.

Les preuves de torture et de brutalité à l’encontre de la famille sont [largement diffusées](https://www.zougla.gr/greece/article/me-kolaro-ke-molopes-sto-dikastirio-o-skino8etis-dim-indares) par les médias grand public. La police continue de faire des  déclarations contradictoires, affirmant même que les membres de la famille sont allés chercher une arme - un mensonge désespéré qui a  lentement disparu de leur récit. Malgré cela, le père et les fils sont  accusés d’avoir résisté à leur arrestation et d’avoir perturbé une  opération de police.

Cette agression contre les voisins a frappé la presse grand public  plus durement que les expulsions elles-mêmes, d’une manière qui est  significative à la lumière de l’histoire grecque et de la polarisation  politique actuelle de la Grèce. Comme la police partout dans le monde,  les policiers grecs se perçoivent comme des héros, quelle que soit la  façon dont la plupart des gens les perçoivent. Manquant de maturité ou de conscience de soi, ils ont tendance à s’emporter lorsqu’ils sont  rejetés. Ainsi, lorsqu’une famille qui ne ressemble pas à l’image de leur cible affirme que les policiers ne sont pas les bienvenus sans  mandat, ils deviennent agressifs. Cet incident a suscité un débat qui  n’est pas sans rappeler l’époque de la junte grecque.

La police est allée jusqu’à soutenir que les balcons et le toit de la famille étaient des espaces publics, et qu’elle n’avait donc pas besoin de présenter un mandat pour y entrer. Imaginez ce qui arriverait si les gens essayaient d’entrer dans les piscines sur les toits des riches du  quartier chic de Kolonaki ! La plupart des médias de droite tentent de  blâmer la femme pour avoir défié la police, sans tenir compte des lois.  Nous le voyons dans une [discussion entre la mère et un présentateur condescendant](https://www.youtube.com/watch?v=jh_UM1-m1qc) dans laquelle il explique que ce que les policiers ont fait était mal,  mais que c’est en fait sa faute pour avoir bravé leurs ordres.

La polarisation de la Grèce se joue dans les médias grand public. Les partisans de la junte se plaignent que sous la dictature "*nous dormions avec nos portes ouvertes*" - d’autres plaisantent que "*nous dormions avec nos portes ouvertes parce que nous ne voulions pas avoir à nous réveiller pour les ouvrir lors des descentes de police*".

Quoi qu’il en soit, les trois espaces expulsés qui donnaient une voix aux résidents de Koukaki qui célébraient la communauté au détriment du  profit sont maintenant barricadés avec des briques. Il est heureux qu’un grand nombre des occupants se soient échappés ; tous ont fait preuve  d’un courage remarquable. Ils ont publié une déclaration qui est  disponible ci-dessous [^1].

[^1]: Voici une déclaration en ligne du 45 rue Matrouzou concernant l’évasion et la défense, intitulée "**Du collectif d’occupation de Koukaki**".

    *C’est une déclaration des camarades qui ont défendu l’immeuble  Matrouzou 45 et ont échappé à la répression des forces de police MAT,  OPKE et EKAM. Alors que nous faisions face à un raid de la police, nous  avons été informés du sort des autres maisons de notre quartier squatté.*

    *Nous avons immédiatement fortifié la maison et sommes entrés en  conflit avec les forces de répression. Les meubles, les appareils  électriques, les chaudières, la peinture, les extincteurs, tout et  n’importe quoi dans la maison leur est tombé sur la tête. Ils ont  répondu en tirant et en nous blessant avec des balles en plastique ainsi qu’avec des grenades paralysantes lancées directement dans notre  maison. Nous avons crié "\*Ici nous vivons, ici c’est notre maison, ici nous allons mourir !\*" - "\*Nique votre développement et Airbnb.\*" Lorsqu’ils sont finalement entrés, des circonstances complètement  chaotiques et un instinct de survie ont offert une échappatoire. Les  sentiments qui nous poussent à aller de l’avant ont été réveillés comme  une inspiration par les forces de répression. Ces mercenaires ne  pouvaient pas accepter que ceux qui leur résistaient s’échappent. Nous  supposons qu’ils étaient tristes de ne pas pouvoir nous attraper pour  nous tabasser et nous torturer. En réponse à cet embarras, ils se sont  tournés vers des voisins au hasard pour les accuser d’avoir organisé  notre évasion. Comme de vrais mercenaires, les policiers ont ciblé la  première maison qu’ils ont trouvée devant eux. Ils ont mené une invasion armée, frappant et capturant une famille entière, et ont conclu en  arrêtant le père et les deux fils. L’État qui prétend protéger la famille grecque institutionnalisée et  le caractère sacré de la propriété privée a perdu sa proie. N’ayant pas  capturé ceux qui résistaient, ils ont pris l’habitude de passer les gens à tabac au hasard. Nous adressons notre respect à la femme et à sa famille qui ont  refusé de laisser les policiers entrer illégalement dans leur maison, en payant le prix de leurs choix. Nous envoyons un amour infini à nos compagnons et à toutes les personnes qui nous ont soutenus. Solidarité avec ceux qui ont été arrêtés lors de l’occupation de notre communauté. Nous avons peut-être perdu tous nos biens, nous restons sans  vêtements et sans abri, ils ont peut-être effacé temporairement de la  carte trois maisons et trois années de travail continu et laborieux pour la solidarité sociale et la résistance ; mais nous savons qu’ils ont  peur, que notre élan et notre pouvoir sont incontrôlables. Solidarité avec l’occupation de la Villa Kouvelos et de tous les squats.*

    *Que les expulsions des squatters deviennent la raison de l’escalade de la lutte sur tous les fronts sociaux.*

    Bien que beaucoup d’animaux non humains résidant dans les trois  occupations à Koukaki aient également pu s’échapper, il n’est pas clair  si certains des chats qui vivaient au Matrouzou restent enfermés à  l’intérieur. La police a [pris l’habitude de piéger intentionnellement des animaux à l’intérieur des squats expulsés](https://crimethinc.com/2019/11/23/new-democracy-the-new-face-of-state-violence-in-greece-a-view-from-exarchia-as-the-showdown-looms) afin de terroriser les squatters ; elle l’a fait lors de l’expulsion du squat de Vancouver le 2 novembre. Étant donné que les résidents de  Matrouzou se sont échappés, il n’est pas surprenant que la police ait  retenu des animaux à l’intérieur du bâtiment jusqu’à ce qu’ils meurent  de faim dans l’espoir d’attirer les évadés dans un piège ou, à défaut,  de les tourmenter.

    Il faut également mentionner que [Dimitris Armakolas](https://itsgoingdown.org/on-the-passing-of-anarchist-comrade-dimitris-armakolas/), le camarade qui est mort dans un accident tragique alors qu’il hissait  une banderole en solidarité avec le prisonnier Marios Seisidis, était  également un résident des squats de Koukaki avant son décès.

    Immédiatement après l’expulsion, une petite manifestation de  solidarité a eu lieu. La police a nassé les manifestants, arrêtant cinq  d’entre eux, puis a attaqué le rassemblement suivant devant quartier  général de la police pour soutenir les personnes arrêtées. Ce soir-là,  après un rassemblement d’urgence, une émeute soudaine est apparue au  cœur du quartier commerçant d’Athènes à Monistraki, un lieu de rencontre bien connu des riches et des gens à l’aise. Tandis que les  bénéficiaires de la capitale sirotaient leurs boissons, plus de 200  personnes ont défilé dans le quartier en lançant des tracts, en peignant des graffitis sur divers magasins et en brisant les vitres d’une  banque, d’une franchise d’épicerie industrielle et d’un Starbucks. La  police n’a pu procéder à aucune arrestation et a dû émettre un  avertissement public.

    Cette action a démontré que le mouvement n’existe pas seulement dans  les squats et à Exarchia ; il peut surgir et frapper n’importe où.

[[https://youtu.be/41n1AfdNlKE Action surprise dans le quartier commerçant d’Athènes à Monistraki, le 18 décembre.]]

# Cibler les compagnons animaux : Une nouvelle tactique de terreur d’État

Comme on l’a fait remarquer, il est de plus en plus courant que la  police cible les animaux de compagnie des squatters. Cela mérite plus de commentaires.

Dans le squat de Vancouver, par exemple, les squatters gardaient les  chiens et les chats soigneusement séparés afin d’éviter la possibilité  d’une violente dispute entre les créatures. Des affiches sur les portes  informaient les gens des dangers de laisser certains chiens ou chats  sortir des pièces où ils vivaient. Lorsque la police a fait une descente à Vancouver, elle a menotté et battu ceux qui défendaient le squat.  Alors qu’il était menotté, un des détenus a supplié les agents de garder les animaux à part pour leur sécurité. L’agent a répondu en donnant un  coup de coude à cette personne au visage. Malgré les demandes de cette  personne, les policiers ont intentionnellement placé les deux chiens  dans la pièce occupée par quatre chats et ont fermé la porte - à un  moment où tous les animaux étaient extrêmement affligés. Un des chats en est mort.

Le compagnon le plus proche du chat qui est mort a appris la mort  alors qu’il était en prison. Absurdement, les flics ont affirmé que le  chat était mort depuis deux semaines, alléguant que les squatters  mentaient afin d’accéder à nouveau au squat pour le réoccuper. Cela a  brisé le cœur du plus proche compagnon du chat, considérant qu’ils  avaient passé du temps ensemble tout récemment.

Après la mort du chat, le contrôle des animaux a pris les deux  chiens ; la police a jeté le chat décédé dans une benne et a nié que les trois chats survivants soient restés à l’intérieur, affirmant qu’aucun  animal n’avait été laissé sur les lieux. Ce n’est qu’après qu’un maçon  qui scellait les entrées de l’immeuble a été attaqué par un chat au  point de devoir se rendre à l’hôpital que les gens ont été autorisés à  entrer pour chercher les chats restants. Ensuite, l’État a autorisé les  responsables de la protection des animaux à entrer pendant une heure,  mais ils n’ont trouvé qu’un seul des trois chats restants. Vancouver est un très grand immeuble et les chats sont très habiles à se cacher,  surtout des policiers qu’ils reconnaissent comme des antagonistes  mortels.

Enfin, comme il restait deux chats à l’intérieur, un libérateur  d’animaux a mené une grève de la faim à l’extérieur de Vancouver. Au  début, la police a attaqué et menacé le gréviste de la faim ; lorsqu’un  procureur a envoyé un ordre pour permettre une recherche adéquate des  chats restants, le chef de police a refusé la demande, prétendant qu’il  n’y avait pas assez de policiers pour assurer la recherche - le jour  même où des centaines de policiers se sont déversés dans Exarchia à la  suite d’une attaque sur une moto appartenant à un policier Delta. Après  une semaine de grève de la faim et l’accusation publique de cruauté  envers les animaux, les policiers ont finalement cédé et ont permis aux  gens de trouver et de relâcher les chats restants. Selon des camarades  de Vancouver, si ce n’était de l’attention générale résultant d’une  campagne de médias sociaux pour faire sortir les chats, ils sont  certains que le procureur n’aurait jamais demandé leur libération. Il  est trop facile de torturer et de tuer les sans-voix afin de tourmenter  ceux qui ont plus de "*droits*".

Peu après le raid de Vancouver, au cours d’une série de raids contre  le groupe Revolutionary Self-Defense, la police a fait une descente dans une maison d’Exarchia. Les flics n’ont rien trouvé qui puisse inculper  les résidents. Les flics qui ont mené la descente sont les mêmes qui  avaient attaqué Vancouver. Partis par frustration, ils ont attaqué un  chat qui vivait là, lui cassant les pattes de devant et lui fracassant  la mâchoire. Quand on leur a demandé ce qu’ils faisaient, l’un d’eux a  répondu : "*Vous allez faire une grève de la faim aussi ?*"

Lors d’une autre invasion de domicile, dans le cadre de la même série de raids anti-terroristes, des agents ont enlevé tous les chiens  présents sur les lieux - apparemment sans autre raison que de faire  souffrir leurs compagnons humains.

Aux États-Unis, la police assassine souvent des animaux - par  exemple, en tirant sur des chiens ; peut-être que cette nouvelle ne  surprendra pas beaucoup de lecteurs. Mais il est important d’enregistrer la lâcheté brutale de la police qui procède à ces expulsions et de  souligner que la main libre que Nouvelle Démocratie leur a donnée  amplifie les aspects les plus cruels et les plus sordides de l’humanité.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/7.jpg Deux  chats touchés par les expulsions à Athènes. Kolonia, à gauche, a été  intentionnellement assassinée par la police lors de l’expulsion du squat Vancouver. Ils ont ensuite jeté son corps dans une benne à ordures et  ont affirmé qu’elle était morte depuis deux semaines déjà. Sara, à  droite, est une chatte aveugle qui a été retrouvée dans les rues  d’Athènes et qui a reçu de l’amour et un logement dans un squat à  Koukaki. Elle est toujours en vie, bien portante et parmi des amis  attentionnés, mais la police lui a volé sa maison.

# En caressant Aube dorée

Entre-temps, le procureur de l’État a suggéré de rejeter les  accusations de complot contre le parti néonazi Aube Dorée dans l’affaire du meurtre en 2013 du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, alias Killah  P, tout en inculpant deux personnes pour des attaques présumées contre  les bureaux d’Aube Dorée. De telles attaques se sont produites à  plusieurs reprises au cours des dernières années, généralement  revendiquées de manière anonyme par des communiqués signés avec les noms des victimes d’Aube Dorée - par exemple, la brigade Pavlos Fyssas et la brigade Sahzat Luqman. (Sahzat Luqman était un ouvrier pakistanais  assassiné par des membres d’Aube Dorée.) Selon les médias officiels, la  police affirme que les suspects sont liés à l’attaque du 1er novembre  contre le bureau d’Aube Dorée, rue Deligianni, dans le centre-ville  d’Athènes, ainsi qu’à une attaque précédente, le 23 mai, dans le  quartier d’Acharnes, dans l’ouest de l’Attique. Les deux attaques ont  utilisé des explosifs de fortune qui ont endommagé les locaux mais n’ont fait aucun blessé.

Si les allégations de l’État sont mises en avant, il est probable que le ministère public tentera d’inculper les deux personnes en vertu de  nouvelles mesures antiterroristes, avec pour résultat possible qu’elles  pourraient toutes deux recevoir des peines plus longues que celles  infligées à n’importe lequel des assassins condamnés pour les meurtres  perpétrés par Aube Dorée, sans parler de tous les meurtres d’Aube Dorée  qui n’ont même jamais fait l’objet d’une enquête. Si Killah P n’avait  pas été un citoyen grec blanc, son cas n’aurait probablement jamais fait les gros titres - une réalité tragique en Grèce et dans le monde  entier.

À la surprise de beaucoup de gens, les deux personnes arrêtées n’ont  pas été placées en détention provisoire le jour de leur mise en  accusation. Généralement, dans les affaires de terrorisme, l’État garde  les accusés en détention jusqu’à leur procès. Il est fort probable  qu’ils soient autorisés à attendre leur procès en dehors de la prison en raison d’un effort calculé de l’État pour modérer l’indignation. Au vu  de l’indignation généralisée au niveau national et même international  contre la brutalité policière en Grèce et de l’issue de l’affaire de la  conspiration d’Aube dorée, le théâtre de la politique grecque semblera  rester conforme aux lois de la démocratie néolibérale. Mais en dépit des faibles preuves, les deux camarades doivent toujours se présenter à la  police quatre fois par mois et payer une caution de 15 000 euros, et ils ne peuvent pas se rendre à l’étranger avant le début du procès. Si leur affaire se déroule comme les autres, leur procès pourrait être retardé  d’un an - en utilisant la bureaucratie pour punir les personnes non  condamnées.

Ce n’est pas une coïncidence si l’État abandonne les accusations de  complot contre Aube Dorée tout en réprimant ses ennemis. Nouvelle  Démocratie a tenté de se distancer d’Aube Dorée pendant les élections,  mais continue à affirmer clairement qu’elle est l’alliée du groupe  ouvertement fasciste, même si elle est un peu plus riche et mieux  éduquée. Lorsque la mère de Killah P a quitté la salle d’audience après  la conclusion de l’accusation au terme de six années d’un procès  traumatisant, elle a dit : "*Aujourd’hui, vous avez poignardé Pavlos*".

Aube Dorée [va maintenant recevoir 8 millions d’euros](https://www.mixanitouxronou.gr/okto-ekatommyria-apo-tin-kratiki-epichorigisi-tha-lavei-i-chrysi-aygi-an-athoothei-telesidika-apo-ta-dikastiria/) en compensation de cette affaire. Il s’agit d’une somme substantielle  en Grèce pour un groupe politique. Les partis politiques au Parlement  grec ont droit à un financement de l’État. Cependant, lorsque le procès a commencé il y a six ans, l’État a gelé ce financement. Si Aube Dorée  reçoit cette importante somme d’un seul coup maintenant, nous les  verrons sans doute tenter de compenser leurs récents revers lors des  élections de 2019 ; cela augmentera aussi considérablement les  ressources disponibles pour soutenir la violence fasciste de rue.

En tant qu’anarchiste, je n’attends jamais de justice de la part de  l’État. Je n’utiliserai pas ma voix pour exiger que quiconque ne soit  emprisonné, même pas les meurtriers fascistes. Cependant, il est  nécessaire de souligner qu’un grand nombre de preuves ont été présentées dans l’affaire contre Aube Dorée. Au-delà des preuves évidentes de  leurs connexions et de leur politique nazies, les enquêteurs ont  présenté au tribunal une série d’appels téléphoniques et de messages  interceptés, ainsi que des instructions écrites organisant explicitement la violence fasciste. Au vu de l’organisation hiérarchique d’Aube  Dorée, il est très difficile d’imaginer que des actions autonomes  puissent avoir lieu sans l’approbation des membres supérieurs du parti.  Malgré cela, les 65 membres accusés de la conspiration ont été acquittés de leurs accusations. Seuls les individus accusés d’avoir effectivement poignardé Killah P seront punis, malgré le grand nombre de membres  d’Aube Dorée qui se sont coordonnés dans tout le quartier pour converger vers lui, l’ont menacé, l’ont entouré et l’ont attaqué la nuit où il a  été assassiné.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/3.jpg Graffiti sur un monument d’État à Athènes, le 6 décembre 2019.

# 6 décembre

Maintenant, revenons en arrière et commençons plus tôt, pour couvrir ce qui s’est passé d’autre ce mois-ci.

Depuis le 20 novembre, lorsque le gouvernement a annoncé qu’il allait expulser tous les squats, avant la date limite du 5 décembre qu’il a  fixée pour la légalisation ou l’évacuation des occupants, les squats de  toute la Grèce ont organisé des événements quotidiens et coordonné des  manifestations dans tout le pays pour montrer la force de nos mouvements et de notre solidarité.

Le jour de la date limite, des camarades anonymes ont récupéré 15  nouveaux squats à travers Athènes pour être utilisés si les squats  existants étaient expulsés. Les anarchistes ont également barricadé un  bureau de Nouvelle Démocratie avec des briques de la même manière qu’ils ont attaqué nos espaces. C’est une des nombreuses actions récentes  contre les bureaux de Nouvelle Démocratie à travers le pays.

Le 6 décembre, des manifestations ont eu lieu dans toute la Grèce en  mémoire d’Alexis Grigoropoulos, le jeune de 15 ans assassiné par la  police en 2008, et de l’insurrection qui a suivi ; [les anarchistes grecs observent cette date depuis dix ans maintenant](https://crimethinc.com/2018/12/17/ill-always-remember-the-6th-of-december-a-report-from-athens-greece-on-the-ten-year-anniversary-of-the-murder-of-alexis). Des affrontements ont eu lieu à Patras et à Thessalonique.

Dans la matinée du 6 décembre, une manifestation autonome d’étudiants anarchistes a démarré, entourée de tous côtés par la police et isolée  des autres manifestants de gauche. Cela a clairement illustré quel  mouvement l’État reconnaît comme une menace pour son pouvoir. Cette  nuit-là, une énorme manifestation marquant l’anniversaire de  l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos a eu lieu en présence de milliers  d’anarchistes.

A la fin de la manifestation, beaucoup ont fait de petites actions,  détruisant les publicités dans les gares routières, bombardant de  peinture les banques et les bureaux de l’Etat, et essayant d’enlever les barricades des universités, qui visent à empêcher l’utilisation  publique des campus. Bien que ces actions aient été assez limitées, une  fois que les manifestants ont commencé à retourner à Exarchia, où se  trouve le mémorial d’Alexis, sans provocation ni confrontation directe  contre les flics, la police a attaqué brutalement, tabassant les gens au hasard. [Les images vidéo](https://www.youtube.com/watch?v=qNYU_NBgsVs) montrent la violence ; même l’État a été forcé de faire semblant  d’enquêter sur sa propre brutalité, bien que nous puissions être sûrs  que cela ne mènera à rien.

Une des preuves importantes est [une vidéo](https://www.keeptalkinggreece.com/2019/12/07/greece-police-brutality-violence-investigation/) montrant la police en train de frapper un homme désarmé qui crie "*Je me rends*". Alors qu’ils tabassaient de nombreuses personnes ce soir-là, cette  vidéo a attiré l’attention de la masse non seulement en raison des  lâches agressions perpétrées par les agents, mais aussi parce que, dans  l’intention de l’humilier, ils le déshabillaient. Cela aussi est devenu  une tactique policière courante visant à humilier les personnes arrêtées et détenues, signalée par de nombreuses personnes qui ont été enlevées  par la police anti-émeute autour du centre d’Athènes. Cela rappelle les  enlèvements et la torture pratiqués sous la junte grecque.

Un journaliste d’une grande chaîne de télévision a été contraint de commenter ces brutalités [en direct sur les ondes](https://luben.tv/videos/190769?fbclid=IwAR252JIZc7U9hMvKR8l-6eTQyrxOMJLGo9CGg8C8DLgCRvd5D5upXzGA97U) dans la nuit du 6 décembre. Un reporter de la chaîne généraliste Kontra n’a pas pu s’empêcher de réagir aux coups qu’il a reçus d’une personne  qui filmait avec un téléphone à proximité des événements. Le journaliste a déclaré : " Des gens ont été matraqués pour n’avoir vraiment rien  fait ", et que s’il n’avait pas eu une équipe de tournage  professionnelle, il aurait été matraqué lui aussi. Choquant beaucoup de  gens, il a ajouté : "*Alors que beaucoup descendent dans la rue, nous devons chanter le chant qui nous unit tous : ’flics, porcs, assassins’.*"

Des dizaines de personnes ont été arrêtées dans tout le pays sur la  base d’allégations ridicules de l’État. Un livreur qui livrait de la  nourriture près de l’agression par la police a été frappé et arrêté ;  alors qu’il s’identifiait, la police lui a demandé pourquoi il  s’enfuyait. Toutes les personnes arrêtées ont été libérées et sont  actuellement en attente de leur procès.

En même temps que la manifestation à Athènes, des personnes ont mené  des actions clandestines en dehors d’Exarchia dans treize autres  quartiers d’Athènes. Les communiqués affirment que les gens ont attaqué  une trentaine de cibles étatiques et capitalistes en solidarité avec  l’esprit du jour et contre les nouvelles mesures étatiques.

A ce jour, la date limite pour la légalisation des squats est passée. Tous les centres sociaux et résidences squattées restants sont en  guerre ouverte avec le gouvernement. Pourtant, notre solidarité et  l’esprit du mouvement anarchiste ici est trop profondément enraciné pour être vulnérable à toute attaque matérielle qu’ils pourraient faire  contre l’infrastructure anarchiste.

De nombreuses contre-attaques ont eu lieu depuis la dernière mise à  jour. Des gens ont ciblé des voitures de luxe dans des quartiers riches  pour rappeler à ceux qui profitent du déplacement des anarchistes et des immigrants qu’ils ne sont pas en sécurité. Le mouvement est durement  touché, mais nous ne sommes pas inactifs. Au contraire, beaucoup plus de gens se sont réveillés avec passion.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/2.jpg Manifestation à Athènes le 6 décembre 2019]]

# L’expulsion du squat de Kouvelos

Le 17 décembre 2019, la police a [expulsé](https://enoughisenough14.org/2019/12/18/marousi-athens-villa-kouvelos-evicted/) le squat Villa Kouvelos à Marousi, un quartier du nord d’Athènes, aux premières heures du matin.

Le bâtiment vide et délabré a été occupé par des anarchistes en avril 2010 et rapidement rénové en un centre social de renommée régionale qui a enrichi le quartier avec des concerts, des conférences, des  discussions et des événements politiques. Le quartier de Marousi est  plutôt connu comme un quartier bourgeois fade d’Athènes. Kouvelos était  important pour beaucoup de jeunes comme un endroit sûr pour explorer des idées révolutionnaires.

Etant proche d’un des bureaux d’Aube Dorée, le squat était une cible  fréquente des attaques fascistes. Cependant, de nombreux habitants du  quartier environnant appréciaient Kouvelos comme un espace amical et sûr offrant une alternative à la fade normalité de Marousi. A ce jour, il  n’y a toujours pas de raison inventée pour l’expulsion - il n’y a pas de plans pour utiliser le bâtiment ou vendre le terrain. L’expulsion a  très probablement été considérée comme une priorité parce que les  fonctionnaires de l’État ont estimé qu’il s’agissait d’une opération  facile en raison de son emplacement.

Lorsque les flics ont commencé l’évacuation, à 7h30, de nombreux  résidents locaux se sont rassemblés à l’extérieur pour exprimer leur  opposition à l’opération et leur solidarité avec l’occupation. Plus tard dans la journée, une manifestation de plus de 300 personnes a eu lieu à Marousi, détruisant de nombreuses banques et peignant des graffitis  pour Kouvelos dans tout le quartier.

Le week-end suivant l’évacuation, [une manifestation spontanée](https://crimethinc.com/2019/12/25/(https://athens.indymedia.org/post/1602208/)) de plus de 300 anarchistes a convergé vers Marousi pour réintégrer  Kouvelos. Ils ont affirmé la résilience de nos mouvements, ont accroché  une banderole et ont récupéré le squat pendant un certain temps, au  cours duquel ils ont examiné les dégâts causés par l’EKAM (police  grecque du SWAT), ont documenté les enquêtes menées par la police (comme les échantillons d’ADN marqués) et ont noté ce qui sera nécessaire pour réoccuper complètement le squat dans un avenir proche.

A la sortie du squat, la manifestation a pris les rues, attaquant  quelques franchises d’entreprises locales et la station de métro de  Marousi, où les tourniquets en verre ont été brisés. Alors que les  participants n’avaient pas l’intention de se battre contre la police, la police anti-émeute a attaqué la marche, et les manifestants se sont  défendus contre les gaz lacrymogènes asphyxiants et les assauts de la  police anti-émeute. Pendant la manifestation, certaines personnes ont [identifié un policier en civil](https://www.athensfinest.com/marousi-o-hlikiwmenos-poliths-einai-aksiwmatikos-ths-astynomias/?fbclid=IwAR063WVFMD3vRylpXMMoeoUxSm1lzOURUr96Jj0hfYFoxVkcXPu1C4Hmjlo) qui prenait des photos et filmait les manifestants. Un manifestant l’a abordé et lui a donné des coups de poing.

En réponse, les médias officiels ont usé de leur pouvoir de  tromperie. En raison de l’âge avancé de l’agent infiltré, les médias ont affirmé que les anarchistes avaient attaqué un vieil homme portant une  prothèse auditive sans raison. Rapidement, il est devenu évident que  l’appareil auditif était en fait un dispositif pour communiquer avec  d’autres agents et que le soi-disant vieil homme était un agent de  police en service actif. Cependant, la presse a transformé ce mensonge  en une information en prime time, se concentrant uniquement sur les  images, jouant l’attaque sur le policier encore et encore et négligeant  délibérément de rappeler aux téléspectateurs le point de départ de la  manifestation.

Pourtant, une action comme celle-ci, qui se déroule avec tant de  force dans un quartier comme Marousi, souligne la ténacité de nos  mouvements. Ceux qui résistent au nom de Kouvelos insistent sur le fait  que le squat sera réoccupé, affirmant que leurs désirs révolutionnaires  l’emporteront sur toute campagne de répression.

# Pas de gentrification pour Noël

Avant Noël, l’État a également ciblé la place Exarchia avec des efforts surréalistes pour "*normaliser*" le secteur. La police a fait une descente et a encerclé la place pour  nettoyer le trottoir au jet d’eau et installer un sapin de Noël. L’arbre a été brûlé deux fois le premier jour. La police a fait la même chose  le jour suivant ; l’arbre a été brûlé de nouveau. Ces efforts hautement  symboliques pour "*nettoyer*" la zone indiquent la façon dont  l’Etat espère utiliser Exarchia pour envoyer un message à tous ses  habitants. De plus, le maire d’Athènes discute de l’organisation  d’événements d’État sur la place. Si cela se produit, les festivités  n’auront lieu qu’entourées par la police qui les protège ; le véritable  but est de provoquer les défenseurs d’Exarchia et d’envoyer un message à ceux qui ne vont jamais là-bas que l’État l’a repris.

L’incendie de l’arbre de Noël rappelle le célèbre événement de [l’insurrection de 2008](https://crimethinc.com/2008/12/25/how-to-organize-an-insurrection) où des manifestants ont brûlé l’arbre de Noël emblématique devant le  parlement grec pour exprimer leur volonté de continuer à se battre alors même que de nombreux Grecs retournaient dans leurs villages pour les  fêtes de fin d’année.

[[https://twitter.com/th1an1/status/1208133100347305986]]

# Faire progresser la technologie en matière de répression

L’État grec poursuit également ses efforts pour moderniser ses  méthodes de surveillance. Bien qu’ils aient toujours été transparents  sur leur capacité à surveiller les conversations téléphoniques et SMS  classiques, ils cherchent à progresser dans le monde numérique, en  mentionnant ouvertement leurs efforts pour obtenir des conseils du  Royaume-Uni afin d’enquêter sur les utilisateurs de Viber et Whatsapp.  Cet effort de collaboration avec des agences d’espionnage technique  étrangères fait suite à l’incorporation officielle de la technologie des drones dans les services de police grecs.

# D’autres attaques contre les réfugiés

Pendant que tout cela se déroule, Nouvelle Démocratie se dépêche de  tenir sa promesse de déplacer 20 000 réfugiés vers la Grèce  continentale. L’objectif est de déplacer les réfugiés au large d’îles  comme Lesvos et de les éloigner de l’attention du public. Plus de 50.000 réfugiés sont toujours dans des camps sur diverses îles de la mer Egée, en face de la Turquie, dans des conditions si épouvantables que les ONG et les groupes de défense des droits de l’homme ont publiquement appelé l’Etat à leur secours. Les fascistes locaux attaquent fréquemment ces  camps. Le nombre de personnes dans ces camps augmente lentement à  nouveau à mesure que de plus en plus d’immigrants arrivent en Grèce.  Cependant, le gouvernement a adopté en novembre de nouvelles lois pour  limiter et dissuader les demandes d’asile ; elles visent à définir les  réfugiés comme des migrants afin d’affaiblir les normes de protection  qui leur sont dues. De nouvelles mesures supplémentaires visant à  ralentir la procédure d’asile déjà longue sont entrées en vigueur afin  de dissuader les réfugiés de suivre la procédure appropriée et de [réduire ainsi le taux d’acceptation des demandes d’asile](https://www.balcanicaucaso.org/eng/Areas/Greece/Greece-New-Democracy-pushes-a-tougher-agenda-on-refugees-198209).

Parallèlement à toutes ces mesures, de nouvelles réductions entreront en vigueur en 2020 qui laisseront les réfugiés sans les programmes de  soutien qui les ont aidés à survivre ; ils devront se débrouiller seuls  pendant le traitement de leur demande. Les programmes de soutien  existants n’ont jamais été suffisants au départ ; dans de nombreux cas,  un réfugié en attente d’asile devait survivre avec 150 euros par mois,  tout en étant empêché de chercher un emploi légal. Maintenant, ils  devront faire face à des défis encore plus importants.

Toutes ces mesures visent à dissuader les réfugiés et les immigrants  de venir en Grèce et à torturer ceux qui vivent déjà ici, ayant fait  l’audacieux voyage à travers la mer Égée. Si des personnes sont poussées à travailler illégalement, ou forcées de voler pour manger, ou si elles voyagent à l’étranger en espérant de meilleures opportunités, tous ces  motifs peuvent être utilisés pour rejeter leurs demandes et les  expulser.

Ce mois-ci, une surpopulation odieuse et une dégradation  institutionnelle ont déclenché un soulèvement encourageant sur l’île de  Samos, à courte distance de la Turquie. Selon [No Borders](https://www.facebook.com/nobordersnetwork/), un camp de réfugiés sur cette île, conçu à l’origine pour 650  personnes, en accueille 8000. Cela signifie environ une toilette pour  300 personnes et une douche pour 500 personnes. Des camps comme celui-ci sont répartis sur d’autres îles proches de la Turquie. Ce mois-ci, les  résidents du camp se sont rassemblés pour déclencher un soulèvement  contre la police. Face aux gaz lacrymogènes et à la brutalité des forces anti-émeutes locales, ils ont démontré leur humanité malgré une  situation terrible et un hiver rigoureux. Cette manifestation fait suite à un autre soulèvement en octobre, lorsqu’un incendie massif a  nécessité l’expulsion du camp surpeuplé. Ces deux soulèvements ont  entraîné la fermeture d’écoles et d’autres grandes institutions de  l’île. Les émeutes et la résistance dans ces camps se poursuivent ;  elles expliquent en partie pourquoi le nouveau gouvernement préfère les  déplacer hors de vue plutôt que d’être obligé de répondre aux demandes  des migrants.

[[https://www.youtube.com/watch?v=39EFlXKHZXQ Un tour du camp de Samos par Euronews]]

[[https://www.youtube.com/watch?v=W1FYn0Ogqms Couverture officielle du soulèvement de décembre à Samos]]

# En conclusion

En cette période de fêtes, nous souhaitons rappeler la grève de la  faim du prisonnier politique Kostas Sakkas, un anarchiste grec accusé  d’appartenir à un groupe terroriste et de possession d’armes aggravée  après son arrestation dans un entrepôt. Il est accusé d’avoir participé à la conspiration des cellules de feu, bien que lui et le CCF le nient.  Tout au long de son incarcération, il a mené de fréquentes grèves de la  faim. [Ses grèves de la faim](https://athens.indymedia.org/post/1602200/) sont devenues si fréquentes et si efficaces sous l’administration  précédente qu’ils ont envisagé de le libérer en vertu du même projet de  loi qui a conduit à la libération du prisonnier anarchiste [Nikos Romanos](https://crimethinc.com/2019/03/19/putting-ideas-on-trial-the-greek-states-laboratory-of-repression-an-interview-with-nikos-romanos-imprisoned-anarchist). Nouvelle Démocratie a rejeté sa lutte, arguant que "*cette loi ne devrait jamais s’appliquer aux terroristes anarchistes*" tout en utilisant cette même loi pour libérer le meurtrier d’Alexis Grigoropoulos dès leur arrivée au pouvoir.

Nombre des grèves de la faim de Sakkas ont eu pour but de gagner la  possibilité de travailler ou d’accéder à l’éducation. Sa dernière grève  de la faim avait pour but de contraindre le gouvernement à le transférer de la prison de Nigrita, dans le nord de la Grèce, à la prison de  Korydallos, à Athènes, afin qu’il puisse se rapprocher de sa famille.  Après avoir subi un choc hypoglycémique et fait face à d’autres  problèmes de santé mettant sa vie en danger, il a obtenu gain de cause  et sera transféré à la prison de Korydallos. Son courage devrait être  une source d’inspiration pour nous tous.

Puissent les noms des camarades tombés au combat, comme Alexis  Grigoropoulos, et de ceux qui se battent derrière les barreaux, comme  Kostas Sakkas, résonner dans le monde entier en cette période froide de  l’année. Puissent nos luttes démontrer que notre passion pour la liberté est plus forte que celle de n’importe quelle prison, inspirant d’autres personnes à relier leurs luttes aux nôtres.

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/11.jpg Alexis Grigoropoulos.]]

[[https://cdn.crimethinc.com/assets/articles/2019/12/25/10.jpg Kostas Sakkas. class:portrait]]


